Crédit photo : Thomas Roger
Depuis ses premiers pas aux Beaux-Arts jusqu’à la découverte de la céramique, Clara Valdes explore la matière et le geste avec sensibilité et poésie. Fascinée par la terre et le rapport à la roche, elle fait de la table son terrain de jeu, où utilité, partage et esthétique se rencontrent. Autodidacte en céramique, elle façonne assiettes et carafes à la main, privilégiant la spontanéité, les textures et les formes organiques. Son travail trouve un écho chez Sessùn Alma, qui incarne pour elle un univers solaire et intemporel, tout en offrant un terrain de confiance et d’expression.
Rencontre avec une créatrice pour qui chaque objet raconte une histoire et chaque geste révèle la matière.


Peux-tu nous raconter ton parcours et les étapes clés qui t’ont menée à ta pratique actuelle ?
C’est au détour des cours du soir aux Beaux-Arts que j’ai été amenée à tenter les concours en écoles d’art. Je suis arrivée à la Haute École des Arts du Rhin avec l’envie de me spécialiser en design. Au cours des premières années, j’ai choisi une section nommée Design Process, où l’objet final importait peu, mais où le processus primait sur la forme. J’ai testé plein de matières et de matériaux, et j’ai compris que le rapport à la roche, à la matière brute, était le médium que je souhaitais explorer. En parallèle, j’ai commencé à écrire mon mémoire. Très vite, le moment du repas est devenu mon terrain de jeu. J’aime ce que la table raconte : le rapport nourricier, la convivialité, le paysage, le partage, l’esthétique, l’utilité. La table est un endroit de prise de décisions. C’est assez naturellement que je me suis donc tournée vers la céramique.
La terre est la matière qui accueille la nourriture, parfaite pour l’art de la table, pour ses propriétés physiques et thermiques, pour le contact alimentaire... Je me suis donc formée seule, en essayant de comprendre cette matière et son processus. Petit à petit, ma pratique s’est ancrée dans l’objet de table, avec un penchant pour les assiettes et les carafes.
Comment est né ton partenariat avec Sessùn, et que représente ce lien pour toi, tant artistiquement que personnellement ?
Notre collaboration avec Sessùn Alma est arrivée à un moment décisif dans ma pratique à l’atelier. En janvier 2025, nous avons commencé nos premiers échanges avec Marie Veidig (curatrice pour la marque). Diplômée de mon master trois ans auparavant, j’étais dans une période charnière de mon travail, entre petits boulots et pratique d’atelier. Je commençais à définir les bases de mon travail en tant que designer. Cette collaboration marque un signe de confiance en ma pratique, par le biais d’une marque que j’ai toujours admirée. Sessùn représente depuis plusieurs années des artisan·es qui m’inspirent, ainsi qu’un univers solaire, intemporel et durable. C’est donc un réel plaisir d’en faire partie à mon tour.

Quelles sont tes principales sources d’inspiration, dans l’art et l’artisanat, mais aussi dans ton quotidien ou ton environnement ?
La table ! Vraiment, le rapport au temps du repas est si riche. Il me permet d’explorer le travail de la terre, de comprendre le paysage, nos climats, les saisons, par le biais de rencontres qui font grandir ma pratique. J’aime les temps conviviaux, le partage et les échanges qui en découlent. J’aime aussi convoquer nos sens : le rapport au toucher, au visuel, à la matière, à la couleur. Par cet axe, je peux découvrir différents corps de métiers, de la céramique au verre, en passant par le métal et le textile. L’univers de la table me permet aussi de m’intéresser à l’évolution de nos objets, au rapport nourricier présent depuis toujours, et de m’informer sur l’évolution de nos coutumes et de nos usages. Dans mon quotidien, la table me permet de faire évoluer mes goûts et mes valeurs, par la prise de position dans mes choix de consommation.


Quel est ton tout premier souvenir lié à la création ?
Mon premier souvenir lié à la création remonte à mon enfance. J’ai toujours aimé construire des choses, faire des bricolages, imaginer des parfums de fleurs ou bien des gâteaux de boue. Mais je pense que mes premières créations étaient en lien avec la musique. Depuis petite, je pratique la guitare classique. J’aime cet instrument, qui me permettait d’exprimer mes émotions, d’acquérir une certaine rigueur dans l’apprentissage et de faire rêver ou voyager les autres.
Y a-t-il un objet qui ne te quitte jamais dans l’atelier et qui a une histoire particulière ?
Dans mon atelier est suspendu un collier de clés en céramique, fabriqué par mon amie Jane. Elles me suivent d’atelier en atelier. Comme un grigri, j’ai la sensation qu’elles me protègent.
Ton travail mêle la terre, la jesmonite et des expérimentations minérales. Comment choisis-tu tes matières au début d’un nouveau projet ?
J’aime concevoir mes objets avec un geste spontané. J’ai souvent essayé de reproduire des cycles naturels en imitant leurs processus. Au départ, je cherchais des roches que je moulais en terre pour les couler en jesmonite et poudre de roche. Mais je me suis très vite rendue compte que reproduire des artefacts déjà existants n’était pas cohérent. J’ai donc cherché à comprendre ce qui me plaisait dans les minéraux. Je suis arrivée à la conclusion que j’aime les matières brutes, les gestes simples et les aspérités. Je choisis mes matières pour leur plasticité ; je crois préférer travailler le plus possible avec mes mains et le moins possible avec des outils ou des machines. Actuellement, je travaille la terre car elle réunit une matière brute, naturelle, et me permet de concevoir des objets à usage alimentaire que je façonne à la main. Mais j’ai aussi envie de changer d’échelle ou de matériau, donc je suis à la recherche d’autres matières pouvant exprimer mes envies.

Quelle est la pièce ou l’objet que tu as créé et dont tu te sens aujourd’hui la plus fière ?
J’adore faire les assiettes nuages. Elles se dessinent au creux de ma main, à partir d’une boule de terre ; les courbes apparaissent au fur et à mesure que je caresse la matière. Je n’utilise ni outil ni gabarit. Elles sont le résultat de plusieurs recherches autour de l’assiette. Malgré la répétition de la production, elles ne me lassent jamais : elles sont douces et agréables à mes yeux. C’est une fierté de pouvoir reproduire un objet qui ne me lasse pas au fil des années et qui me permet de faire évoluer mon geste.


As-tu des projets à venir que tu aimerais partager avec nous ?
Actuellement, je travaille sur de nouvelles collections d’assiettes pour Sessùn, et notamment sur un projet autour de grands centres de table ou de plats. Ces objets se dessinent dans des volumes plus imposants, car je viens de faire l’acquisition d’un plus grand four à l’atelier, me permettant d’imaginer de nouvelles formes, et cela est très excitant. En parallèle, je serai à Collectible Bruxelles pour la nouvelle section Tablescapes. Je continue de travailler pour le restaurant Datil, de Manon Fleury, et nous imaginons une nouvelle collection avec la Galerie Tabouret à Minorque.



