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Rencontres

Marion Mailaender

Wednesday 9 September 2026

CRÉDIT PHOTOS : Anna Leonte Loron

Installée entre Marseille et Paris, Marion Mailaender développe une pratique singulière à la croisée de l’architecture intérieure et du design. Formée à l’École Boulle, elle nourrit son travail de références vernaculaires, d’objets du quotidien, de savoir-faire et de rencontres avec les artistes et artisans qui l’entourent. Son approche, intuitive et sensible, joue volontiers avec les usages, les matières et les associations inattendues.

Pour les 30 ans de Sessùn, Marion Mailaender imagine une scénographie conçue comme une réflexion sensible et contemporaine autour du sac Divine, de ses lignes, de sa présence et de ce qu’il contient, prolongeant l’exploration des matières, des gestes et des savoir-faire qui traversent l’exposition.

Nous l’avons rencontrée pour revenir sur son parcours, ses inspirations, son attachement à Marseille et Paris, et cette manière bien à elle de regarder les objets et les lieux pour mieux les réinventer.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a amenée à devenir architecte d’intérieur et designer ? Qu’est-ce qui, au fil des années, a façonné votre manière d’imaginer les espaces et les objets ?

J’ai grandi à Marseille. Mes parents avaient des amis artistes que j’admirais. J’ai eu la chance d’étudier, après mon bac, à l’École Boulle à Paris, où j’ai pu côtoyer les artisans qui étaient formés dans les ateliers de l’école. C’est une grande chance d’avoir une école qui mêle les différents interlocuteurs de l’architecture intérieure et du design dans un même lieu.

Quelles sont vos principales sources d’inspiration ? Quelle place les objets du quotidien occupent-ils dans votre travail ?

Je m’inspire de ce qui m’entoure : la ville, les artistes et les ateliers d’artistes, que je trouve toujours incroyables d’ingéniosité. D’ailleurs, cela rejoint aussi mon intérêt pour l’architecture et le design vernaculaires, qui sont pour moi la meilleure source.

Vous aimez mélanger les genres et les époques, et détourner des objets ou des matériaux du quotidien. Qu’est-ce qui vous attire dans ces associations inattendues ?

Ce qui m’attire là-dedans, c’est la liberté que cela procure pour créer quelque chose de nouveau. Je compare cela au sample en musique : c’est exactement le même processus créatif.

Vous partagez votre temps entre Paris et Marseille. Est-ce que ces deux villes nourrissent votre regard de manière différente ?

Absolument, ce sont deux villes complémentaires et j’ai besoin de l’énergie des deux. J’aime bien dire que j’ai la double nationalité.

Comment est née l’idée de cette scénographie pour les 30 ans de Sessùn, autour de ce que l’on pourrait trouver dans un sac ?

L’idée est partie d’un geste très simple : imaginer que l’on renverse le sac de quelqu’un. Ici, celui du Divine, la silhouette qui incarne la maison. Le sac Sessùn est un objet dessiné, identifiable, mais nous voulions aller voir ce qu’il y a derrière, ce que la cliente y transporte réellement. Nous nous sommes appuyés sur le travail du photographe russe Sergueï Stroitelev, qui a passé plusieurs semaines à Saint-Pétersbourg à demander à des inconnues de dévoiler le contenu de leur sac. Cette démarche presque anthropologique, qui révèle l’intime à travers des objets anodins, nous a beaucoup inspirés pour construire cette scénographie des 30 ans.

Parmi tous les objets du quotidien, comment avez-vous choisi ceux qui allaient prendre place dans l’installation et leur mise en scène ?

Nous sommes partis du réel : qu’est-ce qu’on trouve, nous, dans nos sacs, et dans ceux des gens qui nous entourent ? Cette collecte spontanée nous a servi de matière première, en y glissant quelques clins d’œil à l’univers Sessùn. Le geste un peu décalé de recréer ce sac à grande échelle, comme s’il venait d’être renversé, participe aussi de cette mise en scène.

Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre votre univers et l’identité de Sessùn dans cette installation ?

C’est l’essence même de notre métier : être à l’écoute de l’univers de l’autre pour s’y glisser et y apporter un regard singulier. Pour Sessùn, l’équilibre est venu par la matière.

Vous êtes proche d’Emma François Grasset depuis de nombreuses années et avez vu Sessùn évoluer au fil du temps. Comment ce lien a-t-il nourri votre regard sur cette scénographie ?

J’admire profondément le travail qu’Emma a su construire avec les artisans au fil des années. Ce n’est pas un effet de mode chez elle, mais une conviction ancrée depuis toujours, et j’ai pu voir naître des collaborations fantastiques au fil du temps. C’est cette façon de lier les gens entre eux qui a nourri mon regard pour cette scénographie.

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